[nonimo]
FR
Télécharger

IA et notariat : que retirer d'un projet d'acte avant l'envoi

· Mis à jour le · Écrit et tenu à jour par Joaquín Trapero, Nonimo

L’IA générative peut aider le notaire à préparer un acte, à une condition : que le texte qui part ne permette plus de reconnaître les parties.

Pour un projet d’acte de vente, cela veut dire retirer l’état civil, le domicile, les date et lieu de naissance, le conjoint et l’IBAN, mais aussi la section et le numéro cadastral, et souvent le prix et la date de signature, qui suffisent à retrouver un vendeur sans son nom.

Tout part du secret, avant même le RGPD. Le code de déontologie le dit général et absolu, et il pèse sur le clerc qui colle le texte autant que sur le notaire qui signera. Tout se joue donc à l’étude, au moment du copier-coller, bien avant de se jouer chez l’éditeur du modèle.

Cette page traite de l’acte et du dossier qui l’entoure. Le nettoyage d’un document en général, rectangles noirs, métadonnées et copies oubliées, est décrit dans notre guide pour pseudonymiser un document avant l’IA, et nous ne le reprenons pas ici.

Le secret du notaire face à l’IA, et jusqu’où il s’étend

L’article 8 du code de déontologie des notaires, issu du décret n° 2023-1297 du 28 décembre 2023, tient en quelques lignes. Le notaire et toute personne placée sous son autorité sont tenus au secret professionnel. Ce secret est « général et absolu ». Et le notaire, confident de ses clients, y est tenu dans les conditions du code pénal et des autres textes.

« général et absolu »
le secret du notaire selon l'article 8 du code de déontologie des notaires, décret n° 2023-1297 du 28 décembre 2023

Deux mots de cet article pèsent plus lourd que les autres dès que l’IA entre chez le notaire. « Toute personne » : le secret ne s’arrête pas au titulaire de l’office, il suit le dossier jusqu’au poste de celui qui le traite. « Général » : il ne se limite pas à l’acte signé, il couvre ce que l’étude apprend en le préparant, y compris ce qui ne figurera jamais dans la minute.

Le clerc est tenu comme le notaire

C’est ce qui change l’échelle du problème. Au 31 décembre 2025, le Conseil supérieur du notariat recensait 17 536 notaires et 55 259 collaborateurs, pour 5,13 millions d’actes établis. Dans beaucoup d’offices, le premier jet d’un acte, d’une déclaration de succession ou d’un courrier aux parties n’est pas rédigé par le notaire. Il l’est par un clerc, un rédacteur ou une formaliste, et c’est sur leur écran que l’assistant attend.

17 536notaires en France
55 259collaborateurs tenus au même secret
5,13 Mactes établis sur l'année
Conseil supérieur du notariat, chiffres clés au 31 décembre 2025

Côté pénal, l’article 226-13 frappe celui qui révèle, non l’office qui l’emploie. Aucun contrat avec un éditeur, aussi bien négocié soit-il, ne fait passer cette responsabilité du côté du fournisseur. La comparaison avec les avocats et les experts-comptables, qui ont chacun leur texte, se trouve dans notre analyse du RGPD appliqué aux dossiers clients.

La loi de ventôse dit déjà à qui l’acte peut être montré

Le notariat a une particularité que les autres professions n’ont pas : un texte qui dresse la liste de ceux à qui un acte peut être communiqué. L’article 23 de la loi du 25 ventôse an XI interdit au notaire, sans ordonnance du président du tribunal judiciaire, de délivrer expédition ou de donner connaissance des actes à d’autres qu’aux personnes intéressées en nom direct, à leurs héritiers ou ayants droit.

  1. Le destinataire est-il une personne intéressée en nom direct à l'acte ?

    OuiLe notaire peut lui délivrer expédition ou lui donner connaissance de l'acte.

    NonPassez à la question suivante.

  2. Est-il l'héritier ou l'ayant droit de l'une de ces personnes ?

    OuiIl figure lui aussi dans la liste de l'article 23.

    NonPassez à la question suivante.

  3. Le notaire dispose-t-il d'une ordonnance du président du tribunal judiciaire ?

    OuiL'acte peut alors être communiqué.

Aucune des trois : ni expédition ni connaissance de l'acte. L'éditeur d'un assistant entre difficilement dans l'une de ces cases.

À qui un notaire peut montrer un acte, d'après l'article 23 de la loi du 25 ventôse an XI. Notre lecture du texte, non un avis juridique.

On peut discuter de la question de savoir si l’envoi d’un texte à un service hébergé constitue, au sens du code pénal, une révélation. Il est plus difficile de soutenir que l’éditeur d’un assistant figure dans la liste de l’article 23. Nous ne connaissons pas de décision qui ait tranché le point ; nous préférons que votre étude n’ait pas à être la première.

Ce que la profession a choisi : Mistral, Scaleway et une charte IA

Le Conseil supérieur du notariat n’a pas laissé chaque office trancher seul. Par un communiqué du 8 juillet 2026, il a annoncé un partenariat de dix-huit mois avec Mistral, opéré sur l’infrastructure du cloud européen Scaleway. Il prévoit la mise à disposition de l’agent conversationnel Vibe, anciennement Le Chat, la publication d’une charte IA de la profession et un laboratoire commun pour développer des usages propres au notariat.

Le communiqué dit clairement pourquoi : offrir un environnement « garantissant le respect du secret professionnel du notaire », sur une infrastructure qui assure, selon ses termes, « l’immunité aux lois extraterritoriales ». Il précise que les notaires resteront libres de recourir ou non à ces outils, et la page du CSN ajoute qu’ils pourront retenir d’autres solutions, pourvu qu’elles respectent la charte.

datetexte de la professionce qu’il pose
décembre 2025guide de l’IEJ, introduction à l’IAsecret absolu, maîtrise des données, responsabilité de l’acte
avril 2026bulletin n° 8 de l’IEJl’IA dans la production des actes, « à condition d’être maîtrisée »
8 juillet 2026communiqué Mistral et Scalewayoutil commun, charte IA, liberté de choix

Conseil supérieur du notariat, pages d’actualité et communiqué de presse. Nous n’avons pas trouvé le texte de la charte en ligne au 23 septembre 2026.

Le guide de l’Institut d’études juridiques, publié en décembre 2025, rappelle trois principes, dans cet ordre : le respect absolu du secret professionnel, la maîtrise du traitement des données personnelles et la responsabilité pleine et entière de l’acte notarié. Aucun des trois ne se délègue à un outil.

Ce que le partenariat règle, et ce qu’il laisse à l’étude

Un hébergement souverain répond à une question précise : où vont les données, et quel droit peut les atteindre en route. Il ne répond pas à une autre, tout aussi importante : que contient le texte envoyé. Un projet d’acte complet reste un projet d’acte complet, qu’il parte vers un serveur américain ou vers un serveur européen.

C’est là que le RGPD reprend la main. Son article 5 impose la minimisation : les données traitées doivent se limiter à ce qui est nécessaire à la finalité. Si la question posée porte sur la rédaction d’une clause de servitude, le nom du vendeur n’y sert à rien, où que tourne le modèle. Le même raisonnement, appliqué aux quatre grands assistants, figure dans notre comparaison des outils au regard du RGPD.

Et toutes les études n’utiliseront pas l’outil commun. Certaines ont déjà Copilot dans leur suite bureautique, d’autres un abonnement pris par un collaborateur pressé. Pour celles-là, la question du lieu se pose en plus de celle du contenu, et ce que Copilot conserve de vos échanges se lit dans la documentation de l’éditeur, pas dans sa publicité.

En attendant la charte de la profession

D’ici là, la position la plus sûre est celle qui ne dépend d’aucun outil : ce qui sort de l’étude ne doit plus désigner personne, que le destinataire soit Vibe, Copilot ou un autre assistant. Si la charte va plus loin, vous n’aurez rien à défaire. Si elle va moins loin, vous n’aurez rien perdu.

Pourquoi un acte notarié est le document le plus bavard de l’étude

Un courrier client peut contenir un nom. Un acte soumis à la publicité foncière en contient forcément bien davantage : le droit de la publicité foncière l’exige, bien au-delà d’une simple habitude de rédaction, pour que le service chargé de la publier sache sans hésiter qui cède quoi à qui.

L’article 5 du décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 impose que l’acte indique, pour chaque partie, les nom et prénoms dans l’ordre de l’état civil, le domicile, les date et lieu de naissance, la profession et le nom du conjoint. L’article 7 impose, pour chaque immeuble, sa nature, sa situation, sa contenance et sa désignation cadastrale : section, numéro du plan, lieudit.

mention imposéetextece qu’elle apprend à qui la lit
nom, prénoms, conjointdécret 55-22, art. 5qui vend, qui achète, qui est marié à qui
date et lieu de naissancedécret 55-22, art. 5une identité sans homonyme possible
domicile et professiondécret 55-22, art. 5où vit la personne, et de quoi
section et numéro du plandécret 55-22, art. 7la parcelle, et donc son propriétaire
nature, situation, contenancedécret 55-22, art. 7le bien lui-même, sur une carte

Décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière, articles 5 et 7.

Autrement dit, l’acte est construit pour qu’aucune confusion sur les personnes ne reste possible. C’est sa force juridique, et c’est exactement ce qui en fait le plus mauvais candidat au copier-coller : tout ce qui garantit son efficacité devant le service de la publicité foncière identifie les parties devant un modèle de langage.

Le dossier qui entoure l’acte

L’acte n’arrive jamais seul sur le bureau. Autour de lui, il y a le titre de propriété antérieur, l’état hypothécaire, les diagnostics, le relevé de propriété, et pour une succession les relevés bancaires ou les courriers des caisses de retraite. Chaque pièce ajoute ses propres numéros, et certaines en portent qu’on ne retrouve nulle part ailleurs à l’étude.

C’est souvent l’une de ces pièces que l’on voudrait faire résumer, parce qu’elle est longue et mal écrite. Elle mérite le même tri que l’acte, et parfois un tri plus sévère, puisque personne ne l’a relue avec l’œil du rédacteur.

L’origine de propriété nomme aussi les propriétaires précédents

Il y a enfin une partie de l’acte que l’on oublie en relisant l’en-tête : l’origine de propriété. Elle retrace comment le vendeur est devenu propriétaire, avec le nom de l’ancien propriétaire, la date de l’acte précédent, le notaire qui l’a reçu et, bien souvent, une succession ou un partage antérieurs. Retirer le nom du vendeur en tête d’acte et laisser celui de son père trois pages plus loin ne protège personne.

Le même piège guette les servitudes, qui nomment les voisins, et les réserves d’usufruit, qui nomment un parent âgé. Le tri porte donc sur tout le texte collé, pas sur la seule comparution. La méthode de relecture phrase par phrase est décrite dans notre guide pour pseudonymiser un document.

La parcelle, le prix et la date désignent les parties sans leur nom

On pourrait croire qu’un acte débarrassé de ses noms est devenu anonyme. L’administration fiscale démontre le contraire, et sur ses propres données.

La base des demandes de valeurs foncières, publiée en données ouvertes par la DGFiP, recense les ventes immobilières des cinq dernières années. Ses données sont tirées des actes notariés et des informations cadastrales, et elle ne contient ni le nom du vendeur ni celui de l’acquéreur. La DGFiP écrit pourtant, sur la page du jeu de données, que le fichier « contient des données à caractère personnel ».

« contient des données à caractère personnel »
ce que la DGFiP écrit de la base des valeurs foncières, qui ne comporte aucun nom, sur data.gouv.fr

La raison tient en une phrase : une date de mutation, un prix et une référence cadastrale, recoupés avec d’autres informations publiques, mènent aux personnes. C’est pourquoi l’article R112 A-3 du livre des procédures fiscales interdit que la réutilisation de ces fichiers permette de les réidentifier, même de manière indirecte, et pourquoi Etalab a mis en place un dispositif contre leur indexation par les moteurs de recherche.

C’est le raisonnement que la CNIL applique à toute anonymisation, avec trois questions : peut-on isoler une personne, relier entre elles des données qui la concernent, en déduire une information sur elle ? Un acte privé de ses noms échoue à la deuxième, puisque chaque mention imposée par le décret de 1955 se relie à un fichier public. Les trois critères sont repris dans notre comparaison des assistants au regard du RGPD.

Le cadastre donne le nom à qui le demande

Le second chemin est plus court encore. L’article L107 A du livre des procédures fiscales réaffirme le caractère public de la matrice cadastrale : pour un immeuble qu’il désigne, n’importe qui peut obtenir un relevé de propriété. La version remise à un tiers est expurgée de la date et du lieu de naissance, mais elle porte le nom et l’adresse du titulaire de droits.

La doctrine fiscale encadre l’exercice : une demande ne vise pas plus de cinq immeubles, et un même usager ne présente pas plus de cinq demandes par semaine ni dix par mois au même service. Une seule suffit pourtant. Une section et un numéro de plan laissés dans un prompt équivalent à un nom qu’il suffit de demander.

Et le relevé qui dort dans votre dossier n’est pas celui-là. Selon la doctrine administrative, les services fiscaux remettent aux notaires, eu égard à leurs obligations de publicité foncière, le relevé destiné au propriétaire, sans les retraits de la version remise aux tiers. C’est l’une des pièces les plus identifiantes du dossier, et elle a l’air d’un simple tableau technique.

IA et notariat : deux chemins publics de l'acte sans nom vers les parties En haut, la section et le numéro de plan mènent, par un relevé de propriété demandé au titre de l'article L107 A, au nom et à l'adresse du propriétaire. En bas, le prix et la date de la vente mènent, par la base des valeurs foncières, à la vente elle-même, que l'article R112 A-3 interdit de réidentifier. Section et n° du plan laissés dans le prompt Relevé de propriété article L107 A du LPF Nom et adresse du propriétaire Prix et date de vente avec la commune Valeurs foncières base ouverte de la DGFiP La vente retrouvée réidentification interdite
Deux chemins publics d'un acte sans nom vers ses parties. Schéma d'après le LPF, articles L107 A et R112 A-3.

Ce qu’on retire d’un projet d’acte, mention par mention

Le tri part de la question que vous voulez poser. Si elle porte sur la rédaction, une clause, une formule, un ordre des paragraphes, presque rien d’identifiant n’est utile au modèle. Si elle porte sur un calcul, les montants restent et le reste s’en va.

élément de l’actele retirer ?pourquoi
nom, prénoms, conjointouiils désignent directement
date et lieu de naissanceouiils écartent tout risque d’homonymie
domicileouiil désigne aussi le foyer
section et numéro du planouiun relevé de propriété donne le nom
prix et date de signatureselon la questionrecoupés, ils retrouvent la vente
IBAN, numéro fiscal, référence du dossierouirien à voir avec la question
la clause à retravaillernonc’est la question elle-même

Tri proposé par Nonimo à partir des articles 5 et 7 du décret du 4 janvier 1955 et des articles L107 A et R112 A-3 du LPF.

Ce tableau complète, pour l’acte, le tri d’un document français ordinaire, NIR, SIRET et numéro fiscal compris, que nous avons exposé identifiant par identifiant pour les dossiers clients. Une précision propre au notariat : une société venderesse se traite comme une personne dès qu’il s’agit d’une SCI familiale, dont la dénomination reprend souvent le nom de la famille et désigne donc ses associés.

Un extrait passé dans notre application

Voici un extrait de projet d’acte de vente, tel qu’un rédacteur pourrait vouloir le faire relire :

PROJET D'ACTE DE VENTE, extrait à relire

VENDEUR : Monsieur Yannick Le Goff, retraité,
demeurant 0 rue du Moulin, 29000 Quimper,
né à QUIMPER (29000) le trente et un février mil neuf cent cinquante-deux.
ACQUÉREUR : Madame Gwenaëlle Tanguy, née le 30/02/1988.
IBAN : FR76 0000 0000 0000 0000 0000 000

DÉSIGNATION : une maison d'habitation figurant au cadastre
section ZZ numéro 0, pour une contenance de 5 a 12 ca.
PRIX : deux cent quarante-cinq mille euros (245 000 €).

Et le même extrait, une fois la touche pressée :

PROJET D'ACTE DE VENTE, extrait à relire

VENDEUR : Monsieur [PERSONNE_1], retraité,
demeurant [ADRESSE_1],
né à QUIMPER (29000) le trente et un février mil neuf cent cinquante-deux.
ACQUÉREUR : [PERSONNE_2], née le [DATE_NAISSANCE_1].
IBAN : [IBAN_1]

DÉSIGNATION : une maison d'habitation figurant au cadastre
section ZZ numéro 0, pour une contenance de 5 a 12 ca.
PRIX : deux cent quarante-cinq mille euros (245 000 €).

Le second bloc est la sortie réelle de Nonimo 0.2.8, relevée le 23 septembre 2026, étiquettes françaises comprises. L’extrait est inventé : les noms ne désignent personne, le 30 et le 31 février n’existent pas, et la clé de ce RIB devrait valoir 97, pas 00.

Ce qui reste, et pourquoi c’est à vous de le voir

Les deux noms, l’adresse et la date écrite en chiffres sont remplacés sous vos yeux ; l’IBAN l’est sans vous demander confirmation, parce que sa clé de contrôle suffit. Trois choses restent en clair : la date de naissance écrite en toutes lettres, dans la forme propre aux actes, avec la ville de naissance, puis la référence cadastrale, puis le prix.

Le prix peut rester si c’est lui que vous faites vérifier. La date en lettres et la parcelle, non. C’est précisément ce que le tableau ci-dessus vous demande de relire, et c’est la raison pour laquelle nous montrons cet exemple tel qu’il sort, plutôt qu’un exemple choisi pour que tout disparaisse.

Succession, donation, divorce : quand le contexte suffit à désigner

L’acte de vente a une vertu : ses identifiants occupent des places connues, en tête de l’acte et dans la désignation. Les dossiers de famille sont plus traîtres, parce que ce qui identifie se trouve dans le récit, là où aucun outil ne sait le chercher.

Une déclaration de succession ou un acte de notoriété racontent une famille : la date du décès, le nombre d’enfants, un enfant né d’une première union, un legs à l’association du village. Dans une petite commune, ces faits désignent le défunt aussi sûrement que son nom, et les héritiers avec lui.

La donation-partage pose le même problème sous une autre forme. Elle dit ce que possèdent les parents, qui reçoit quoi, et parfois pourquoi un enfant reçoit moins qu’un autre. Pour faire vérifier un calcul de réserve ou de quotité disponible, les valeurs suffisent, affectées à un enfant A et à un enfant B ; le reste appartient à la famille.

Reformuler plutôt que masquer

Aucun logiciel ne retire ce genre de fragment, parce qu’il n’a aucune forme régulière : il ne s’agit ni d’un nom ni d’un numéro, mais d’un fait. La bonne réponse est de reformuler en cas fictif. Un couple marié sous le régime légal, deux enfants dont un d’une première union, un bien propre et un bien commun : le modèle n’a pas besoin d’en savoir davantage pour aider à structurer une liquidation.

Et cela va plus vite. Quatre lignes de cas d’école s’écrivent en moins de temps qu’il n’en faut pour relire douze pages d’acte à la recherche des incises qui trahissent la famille, et la réponse est meilleure, parce qu’elle porte sur la question plutôt que sur le dossier. La même méthode vaut pour les faits les plus délicats d’un dossier de famille, une maladie ou une conviction, qu’on gagne à ramener à leur conséquence juridique plutôt qu’à recopier.

Le divorce passe aussi par l’étude

Depuis 2017, la convention de divorce par consentement mutuel, contresignée par les avocats, est déposée au rang des minutes d’un notaire, en application de l’article 229-1 du code civil. Elle contient la liquidation du régime et, le plus souvent, la résidence des enfants et la prestation compensatoire. Ce n’est pas un document que l’on reformule en quatre lignes sans en perdre l’essentiel, et c’est un bon candidat à la règle la plus simple : il ne sort pas.

Le testament relève de la même règle. Nous ne voyons pas de reformulation qui laisse au modèle quelque chose d’utile sans lui livrer la volonté d’une personne précise, et nous préférons le dire plutôt que de prétendre le contraire.

dossierce qu’on peut demander au modèlece qui reste à l’étude
ventereformuler une clause, vérifier une chronologiecomparution, désignation, origine de propriété
successionstructurer une liquidation en cas d’écolele récit de la famille
donation-partagevérifier un calcul avec des valeursles noms et la répartition réelle
divorceune question de principe, sans le dossierla convention entière
testamentune question de principe, sans le dossierle testament entier

Grille proposée par Nonimo ; elle ne remplace ni la charte de la profession ni la vôtre.

Soixante-quinze ans pour la minute, aucun délai pour le prompt

Le code du patrimoine fixe en principe à soixante-quinze ans le délai au terme duquel les minutes et répertoires des notaires deviennent librement communicables. Le texte collé dans un assistant n’a pas de délai que vous maîtrisiez : sa conservation dépend du compte, du contrat et de l’éditeur, comme le montre ce que ChatGPT garde de vos échanges.

Nonimo sur un projet d’acte : ce qu’il remplace, ce qu’il laisse

Nonimo s’installe sur Mac comme sur Windows. Vous sélectionnez un passage, ou vous cliquez sur le fichier lui-même, un projet d’acte en .docx ou un PDF, puis vous pressez une touche. Votre ordinateur réécrit alors le passage, des étiquettes prenant la place de ce que le moteur reconnaît, et le résultat attend dans le presse-papiers. À la lecture de la réponse, les valeurs d’origine retrouvent leur place, chez vous.

IA et notariat : l'application Nonimo sur Mac après la touche, les données d'un extrait inventé remplacées par des étiquettes en français
L'application Mac, version 0.2.8, sur un extrait de conclusions inventé ; sous Windows comme sur un projet d'acte, le geste est le même.

Ce qu’une clé de contrôle confirme, comme l’IBAN de l’exemple, est remplacé sans vous interrompre. Le reste change aussi, mais devant vous, et un clic suffit à revenir en arrière quand l’erreur est du côté de l’outil. C’est la même logique que celle que nous décrivons pour les cabinets d’avocats, appliquée à vos pièces.

Ce que fait l’application relève de la pseudonymisation, non de l’anonymisation. La correspondance entre étiquettes et valeurs demeure chiffrée sur votre ordinateur, comme l’explique notre page de confidentialité ; le texte envoyé reste donc, chez vous, une donnée personnelle.

Ce qu’elle ne fait pas est détaillé sur notre page sécurité, et ses conditions d’utilisation sur celle de la licence.

Une règle d’étude en cinq lignes

La profession a sa charte. Une étude a besoin de la sienne, plus courte, affichée là où le copier-coller se fait, et que le notaire relit avec ses collaborateurs plutôt que de la leur envoyer par courriel.

  1. On ne colle jamais un acte entier : on colle la clause, le paragraphe ou la question.
  2. L’état civil, les adresses, les numéros et la désignation cadastrale sont retirés avant tout envoi, y compris vers l’outil de la profession.
  3. Le prix et les dates ne restent que si la question porte sur eux.
  4. Les dossiers de famille se reformulent en cas fictif ; un testament et une convention de divorce ne sortent pas.
  5. En cas de doute, le clerc pose la question au notaire, pas à l’assistant.

Si vous voulez l’écrire en bonne et due forme, avec les usages permis et interdits et la formation, notre modèle de charte IA en donne la structure. Et si un acte complet est déjà parti, la question devient celle d’une éventuelle violation de données, que traite notre guide sur la notification à la CNIL.

Le reste se jouera dans les mois qui viennent, avec la charte de la profession et le laboratoire commun. Ce qui ne changera pas, c’est l’article 8 : le secret est général et absolu, et il commence au poste de celui qui sélectionne le texte.

Sources

Nous revoyons cette page quand l’un de ces textes change. Légifrance oppose une vérification aux programmes automatiques ; dans un navigateur, ses liens s’ouvrent.

Nonimo est le logiciel qui fait cela sur votre propre ordinateur : il masque les noms de clients et les identifiants avant que votre texte n’arrive à ChatGPT . Sans compte, et les données de vos clients ne sortent pas de votre machine.

Questions fréquentes

Un notaire peut-il utiliser l'IA, ChatGPT par exemple, sur un projet d'acte ?

Pas tel quel. Le premier obstacle est le secret : l'article 8 du code de déontologie le qualifie de « général et absolu » et l'étend à toute personne placée sous l'autorité du notaire. Or un projet d'acte porte l'état civil complet des parties et la désignation cadastrale du bien. Ces éléments doivent être retirés avant l'envoi. Nonimo remplace sur le poste ceux qu'il reconnaît et vous montre, à l'écran, ce qu'il a remplacé.

Le clerc de notaire est-il tenu au secret professionnel ?

Oui. Le code de déontologie issu du décret du 28 décembre 2023 vise le notaire et toute personne placée sous son autorité, ce qui couvre clercs, rédacteurs et formalistes. Au 31 décembre 2025, le Conseil supérieur du notariat comptait 55 259 collaborateurs. Ce sont souvent eux qui préparent le premier jet, donc eux qui ont la fenêtre de l'assistant ouverte à côté du dossier.

Quel outil d'IA le Conseil supérieur du notariat a-t-il choisi ?

Mistral, sur l'infrastructure du cloud européen Scaleway. Le communiqué du 8 juillet 2026 annonce un partenariat de dix-huit mois, la mise à disposition de l'agent Vibe, une charte IA de la profession et un laboratoire commun. Les notaires restent libres de s'en servir ou non. Le choix règle la question de l'hébergement, pas celle de ce que contient le texte que le collaborateur envoie.

L'outil souverain de la profession dispense-t-il de retirer les données ?

Non. Un hébergement européen répond à la question du lieu et du droit applicable ; la minimisation de l'article 5 du RGPD, elle, porte sur le contenu. Si la question concerne la rédaction d'une clause, le nom du vendeur n'y sert à rien, quel que soit le serveur. Retirer l'état civil avant l'envoi reste la règle, vers Vibe comme vers n'importe quel assistant.

Une référence cadastrale est-elle une donnée personnelle ?

Dans un acte, oui en pratique. L'article L107 A du livre des procédures fiscales rend la matrice cadastrale publique : pour une parcelle désignée, un tiers peut obtenir le nom et l'adresse du titulaire de droits, avec un plafond de cinq demandes par semaine auprès d'un même service. Une section et un numéro de plan laissés dans un prompt équivalent donc à un nom qu'il suffit de demander.

Pourquoi retirer le prix et la date d'une vente ?

Parce que croisés avec la commune, ils retrouvent la vente. La base des demandes de valeurs foncières, tirée des actes notariés, ne contient aucun nom, et la DGFiP écrit pourtant qu'elle comporte des données à caractère personnel ; l'article R112 A-3 du livre des procédures fiscales en interdit la réidentification. Gardez le prix seulement si c'est lui que vous faites vérifier.

Que faire d'un dossier de succession avant de consulter une IA ?

Le reformuler plutôt que le masquer. Dans une déclaration de succession, ce qui identifie est dans le récit : la date du décès, un enfant d'une première union, un legs à une association du village. Aucun outil ne retire ces faits. Décrivez la situation en cas fictif, régime matrimonial, nombre d'enfants, nature des biens, et gardez le dossier réel à l'étude. Pour un testament, rien ne sort de l'étude.

Que fait Nonimo sur un projet d'acte ?

D'une touche, et sans que le texte quitte votre ordinateur, il remplace les noms, l'adresse, la date de naissance écrite en chiffres et l'IBAN, et il lit aussi un fichier .docx ou .pdf entier. Relevé le 23 septembre 2026 sur la version 0.2.8 : la date en toutes lettres des actes et la référence cadastrale restent en clair, et c'est à vous de les retirer. Il ne bloque aucun envoi.