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Clause IA : convention d'honoraires, lettre de mission et client

· Mis à jour le · Écrit et tenu à jour par Joaquín Trapero, Nonimo

Aucun texte n’impose, en règle générale, à l’avocat ni à l’expert-comptable de prévenir chaque client qu’il travaille avec des outils d’intelligence artificielle. Mais les modèles de convention d’honoraires du CNB, le Conseil national des barreaux, portent depuis le 10 avril 2026 une clause IA facultative.

Cette page donne la réponse profession par profession, la clause à copier, et surtout la phrase qui coûte le plus à écrire : ce que deviennent les données du client.

Elle s’adresse aux cabinets d’avocats et aux cabinets d’expertise comptable qui utilisent déjà un assistant, ou qui s’y préparent. La page consacrée aux cabinets d’avocats décrit l’outil ; ici, il s’agit du papier que le client signe.

Informer le client de l’IA : pas d’obligation générale, trois exceptions

Pour les avocats, le texte de référence est un guide du CNB approuvé en assemblée générale les 12 et 13 mars 2026, puis publié en avril sous le titre La déontologie et l’intelligence artificielle. Sa page 34 expose les deux thèses qui s’affrontent : l’IA serait un outil comme les bases de jurisprudence, dont on ne parle pas au client, ou bien la loyauté commanderait de dire au client par quels moyens on travaille.

Le guide tranche sans trancher. C’est à l’avocat de décider, selon le contexte, la nature du dossier et les attentes du client. Il note même, en marge, qu’une transparence totale pourrait limiter l’indépendance technique de l’avocat, qui reste maître du choix de ses moyens. Il n’y a donc pas d’obligation générale. Il y a en revanche trois situations où le guide ne laisse plus le choix.

situationce que dit le guide du CNB
le client demande comment vous travaillezvous devez l’informer de l’usage d’une IA (synthèse, p. 36)
ses données servent à entraîner un outil interne au cabinetil faut obtenir son consentement (p. 34)
un robot conversationnel répond à des clients ou prospectsil faut dire clairement que c’est une IA (p. 34)

Le troisième cas rejoint une obligation européenne distincte, celle de l’article 50 du règlement sur l’IA, expliquée dans notre guide sur les obligations du règlement IA. Elle concerne l’accueil en ligne, pas le dossier.

Le critère européen, plus exigeant qu’il n’y paraît

Le guide du Conseil des barreaux européens (CCBE), daté du 2 octobre 2025, propose un test plus concret. S’il est raisonnable de penser qu’un client informé s’opposerait au recours à l’IA générative, poserait des conditions ou émettrait des réserves, l’avocat doit se montrer transparent. À notre sens, appliqué honnêtement, ce test couvre à peu près tous les dossiers où des données personnelles quitteraient le cabinet.

Les avocats aux Conseils, et le cas du tribunal

Pour les avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation, le collège de déontologie de leur ordre est allé plus loin le 2 avril 2026. Sa recommandation n° 2026-01 estime que ceux qui utiliseraient des IA conservant tout ou partie des données personnelles transmises doivent en informer leurs clients au préalable. Elle ne vise que ce barreau spécialisé, mais elle montre la direction prise.

Face au juge, la réponse est inverse : le guide du CNB écrit en page 36 qu’aucune information spécifique n’a à être donnée à la juridiction. Cette question sort du cadre de cette page. Ce qui se passe après une fuite, enfin, relève de la notification, que nous traitons dans notre guide sur la violation de données et la CNIL.

Information du client sur l'IA : les textes qui ont fixé le cadre en France Cinq dates sur une ligne : 4 septembre 2025, la Cour de justice juge une affaire de données pseudonymisées ; 2 octobre 2025, guide du CCBE ; 12 et 13 mars 2026, guide du CNB sur la déontologie et l'IA ; 2 avril 2026, recommandation des avocats aux Conseils ; 10 avril 2026, modèles de convention du CNB avec la clause IA. 4 sept. 2025 Cour de justice données pseudonymisées 2 oct. 2025 guide du CCBE sur l'IA générative 12 et 13 mars 2026 guide du CNB déontologie et IA 2 avr. 2026 avocats aux Conseils recommandation 2026-01 10 avr. 2026 conventions du CNB avec la clause IA
Les cinq textes cités sur cette page, par date d'adoption ou de publication.

La clause du CNB, phrase par phrase

Le 13 avril 2026, le CNB a annoncé la révision de ses modèles types de convention d’honoraires, adoptés par son assemblée générale du 10 avril. Parmi les nouveautés figure une clause sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, placée dans l’article consacré à la mission de l’avocat et précédée d’une mention explicite : clause optionnelle, au libre choix de l’avocat.

La clause figure dans les trois modèles : honoraire fixe, tarif horaire, et convention en présence d’une protection juridique. Elle se lit en quatre temps, et chacun appelle une remarque de praticien.

Ce que la clause décrit, et ce qu’elle promet

Le premier temps décrit l’usage : des outils d’IA employés « de manière ponctuelle et encadrée », pour la recherche juridique, l’analyse de documents ou la préparation de projets d’actes. Adaptez cette liste à ce que fait réellement le cabinet. Si vos collaborateurs font relire des courriels ou résumer des pièces adverses, dites-le.

Le deuxième temps pose le principe d’assistance : l’outil ne remplace ni l’analyse ni le jugement, et l’avocat garde la maîtrise et la responsabilité des travaux. C’est la partie la plus solide, puisqu’elle vaut quel que soit l’outil.

Le troisième temps parle de secret et de données, et c’est là que le modèle devient fragile. Il se termine par une promesse : aucune information confidentielle ou sensible ne sera transmise à un outil qui ne présente pas des garanties suffisantes de confidentialité. Tenir cette promesse suppose de savoir où se cachent les données sensibles d’un dossier, souvent dans une pièce jointe que personne ne relit.

Or le même guide tient pour « ni suffisant ni pertinent » (page 26) le fait de se fier aux seules conditions générales des éditeurs. Signer cette phrase suppose de savoir dire quelles garanties vous avez vérifiées, ce que notre analyse des IA face au RGPD aide à faire critère par critère.

L’avertissement qui s’adresse au client

Le quatrième temps retourne la question vers le client, et c’est l’apport le plus original du modèle. Nous y revenons plus bas, car il mérite qu’on s’y arrête. Retenez pour l’instant que la clause du CNB n’est pas seulement une information sur vos méthodes : elle met aussi le client en garde contre ce qu’il pourrait faire lui-même de vos écrits.

La phrase sur les données du client, en deux versions

La phrase sur les données doit décrire un geste, pas une intention. Un client qui lit « dans le respect du secret professionnel » n’apprend rien ; un client qui lit ce que le cabinet fait concrètement avant d’utiliser un outil peut vérifier, poser une question, ou refuser. D’où deux versions, selon que le cabinet remplace ou non les identifiants avant tout envoi.

Données du client : ce qui part vers l'outil selon la version choisie Deux lignes. Version A : sur le poste du cabinet, les nom et adresse du client cèdent la place à des étiquettes comme PERSONNE_1 et ADRESSE_1 ; seules les étiquettes et les faits partent vers l'outil d'IA, et la table de correspondance reste au cabinet. Version B : le texte part tel quel vers un prestataire lié par contrat, qui devient destinataire des données. version A poste du cabinet nom, adresse remplacés table gardée au cabinet outil d'IA reçoit [PERSONNE_1], [ADRESSE_1] et les faits version B poste du cabinet texte envoyé tel quel prestataire sous contrat reçoit les données réelles : il est destinataire
Les deux versions de la phrase sur les données. Les étiquettes sont celles qu'affiche Nonimo 0.2.8 en français.

Version A : le cabinet remplace les identifiants avant l’envoi

C’est la voie que le guide du CNB désigne comme la solution, page 16 : la pseudonymisation, qui consiste à remplacer les noms par des initiales fictives ou une suite de caractères et les adresses par une zone plus large. La phrase doit dire ce geste, dire où il se fait, et ne pas en exagérer la portée.

Avant toute transmission à un outil d’intelligence artificielle, les noms, adresses, coordonnées et numéros d’identification du Client et des personnes citées au dossier sont remplacés, sur les postes du cabinet, par des repères neutres. La correspondance entre ces repères et les données réelles reste au cabinet. Les éléments de fait nécessaires à la demande peuvent subsister ; ils sont limités à ce que la tâche exige.

La dernière phrase n’est pas là pour la forme. Le guide rappelle en page 20 que des montants, un nom de projet interne ou la façon de rédiger un contrat peuvent suffire à reconnaître un client. Promettre l’anonymat serait faux, et le mot « anonymisé » désigne en droit une opération irréversible, qu’un remplacement de noms n’accomplit pas.

Version B : le texte part tel quel vers un outil encadré

Si le cabinet ne remplace rien, la phrase doit nommer le prestataire, son rôle et le lieu d’hébergement. Les crochets sont à remplir : ne les laissez pas tels quels.

Les éléments du dossier nécessaires à la tâche peuvent être transmis à [nom de l’outil], fourni par [société], qui agit pour le compte du cabinet en qualité de sous-traitant (RGPD, art. 28). Le contrat qui le lie au cabinet lui interdit de réutiliser ces données, notamment pour entraîner ses modèles. Elles sont hébergées [dans l’Union européenne ; sinon, indiquer le pays et les garanties de transfert].

Pour un avocat, cette version se heurte au principe que le guide pose en page 15 : l’avocat doit veiller « à ne jamais communiquer des données relatives à ses dossiers ou à ses clients » à une IA générative.

Elle reste défendable pour un modèle installé sur les propres serveurs du cabinet, seconde voie que le guide admet en page 26 ; la phrase devient alors : « Les outils utilisés sont installés sur les systèmes du cabinet, et les données du dossier n’en sortent pas. » Pour savoir ce que garde un fournisseur en ligne, voyez notre analyse de ce que ChatGPT conserve.

Clause IA prête à copier pour la convention d’honoraires

Voici une version complète, écrite à partir du modèle du CNB et resserrée pour qu’elle engage le cabinet sur ce qu’il fait vraiment. Elle se place dans l’article consacré à la mission, à la suite de la description des diligences.

Recours à des outils d’intelligence artificielle

Pour le traitement du dossier, l’Avocat peut recourir, de manière ponctuelle et encadrée, à des outils d’intelligence artificielle, notamment pour la recherche juridique, la synthèse de pièces et la relecture de projets d’actes ou de correspondances.

Ces outils n’interviennent qu’en assistance. L’analyse, la stratégie et le conseil restent le fait de l’Avocat, qui relit et vérifie tout ce qu’ils produisent et demeure seul responsable des travaux remis au Client.

[Insérer ici la version A ou la version B de la phrase sur les données.]

Le Client peut demander par écrit, à tout moment, que son dossier soit traité sans recours à ces outils. L’Avocat lui indique alors si cette demande modifie les diligences prévues à la présente convention.

Les consultations, projets et correspondances de l’Avocat sont couverts par le secret professionnel. Le Client est invité à ne pas les soumettre lui-même à un outil d’intelligence artificielle sans en avoir retiré les noms des personnes qui y sont citées, et à interroger l’Avocat en cas de doute.

Trois choix de rédaction méritent une explication. La faculté de refus n’est pas dans le modèle du CNB ; nous l’ajoutons parce qu’elle répond directement au critère du CCBE, et parce qu’un client qui sait pouvoir dire non pose rarement la question deux fois.

La phrase sur les diligences évite de promettre un traitement sans IA au même prix, si ce refus rallonge le travail. Ce que donne la version A sur un projet de conclusions se voit sur notre page pour les cabinets d’avocats.

Enfin, le dernier paragraphe condense l’avertissement du modèle en une instruction concrète. Le CNB y ajoute des phrases sur les erreurs d’interprétation et sur la propriété intellectuelle de vos écrits ; gardez-les si votre clientèle est composée de particuliers qui découvrent ces outils.

Une clause, trois documents : où mettre chaque phrase

Toutes les phrases d’une telle clause n’ont pas leur place dans le même papier. Le modèle du CNB le rappelle dans une note : la lettre de mission, parce qu’elle contient des éléments couverts par le secret, est un document distinct de la convention d’honoraires. Et l’information sur les données personnelles obéit à ses propres règles, celles du RGPD.

phraseavocatexpert-comptable
l’usage d’outils d’IA et ses limitesconvention d’honoraireslettre de mission
la phrase sur les données, version A ou Bconvention d’honoraireslettre de mission
ce que l’outil fera sur ce dossier précislettre de missionlettre de mission ou avenant
le prestataire comme destinataire des donnéesnotice d’information du cabinetnotice d’information du cabinet
l’accord pour un sous-traitant ultérieurselon le rôle du cabinetlettre de mission, pour la paie
l’avertissement sur l’usage par le clientconvention d’honoraireslettre de mission

Source : modèles types du CNB d’avril 2026 (note sur la lettre de mission, article 10 sur les données), décret n° 2012-432, article 151, et RGPD, articles 13 et 28.

Pour les conventions déjà signées, la révision des modèles offre une occasion naturelle : l’ouverture d’un nouveau dossier ou un avenant. Rien n’oblige à reprendre les anciennes conventions, mais un client ancien peut poser la question aussi bien qu’un nouveau, et il vaut mieux avoir le texte prêt que l’improviser au téléphone.

La règle interne, celle qui dit aux collaborateurs quels outils ils peuvent ouvrir, relève d’un autre document. Nous en proposons un modèle dans notre guide de la charte IA. La clause ne la remplace pas : elle dit au client ce que la charte impose en interne.

Chez l’expert-comptable : l’article 151 et la lettre de mission

Chez les experts-comptables, le point de départ est différent. Le code de déontologie de la profession, intégré au décret n° 2012-432 du 30 mars 2012, impose en son article 151 un contrat écrit avec chaque client, qui définit la mission et précise les droits et obligations de chacune des parties ; ce contrat peut prendre la forme d’une lettre de mission. L’article 155 ajoute un devoir d’information et de conseil dans chaque mission.

Aucun de ces textes ne parle d’intelligence artificielle. Sur les pages publiques du Conseil national de l’Ordre, nous n’avons trouvé au 24 septembre 2026 aucune clause IA pour la lettre de mission ; son dossier réservé aux membres annonce une clause RGPD, que nous n’avons pas pu lire. Ses recommandations publiques vont pourtant toutes dans le même sens.

« Informer ses clients en toute transparence »
quatrième des douze piliers du livret IA 2025 que diffuse le Conseil national de l'Ordre des experts-comptables

Les autres textes de la profession disent la même chose sous trois formes, et aucun n’a valeur réglementaire :

documentce qu’il demande
livret sur l’IA du Conseil national, 2025pseudonymiser ou anonymiser les données fournies à l’IA
synthèse « Parlons data et IA » du Conseil national« pas de mails clients, de FEC, de DSN… non anonymisés » hors des outils maîtrisés
livre blanc francilien de l’Ordre, septembre 2025dans son exemple de charte, données comptables des clients seulement anonymisées vers une IA publique

Aucun de ces documents ne dit quoi écrire au client. C’est ce vide que la lettre de mission doit combler.

La paie, et l’accord écrit de l’article 28

Pour la paie, une question de plus se pose. Lorsque la lettre de mission désigne le cabinet comme sous-traitant du client au sens du RGPD, tout prestataire d’IA qui recevrait des bulletins ou une DSN devient un sous-traitant ultérieur.

art. 28.2
du RGPD : pas de sous-traitant ultérieur sans l'autorisation écrite préalable du responsable, ici le client

L’article 28.2 du RGPD subordonne son recours à l’autorisation écrite préalable du client et, si cette autorisation est générale, impose de le prévenir de tout changement de prestataire pour qu’il puisse s’y opposer. La lettre de mission est l’endroit naturel pour recueillir cet accord.

Le secret, lui, ne change pas de nature : le texte fondateur de la profession, l’ordonnance de 1945 en son article 21, y soumet les experts-comptables et leurs salariés, avec les sanctions du code pénal (art. 226-13). Et l’article 148 du code de déontologie charge l’expert-comptable de s’assurer que ses collaborateurs respectent le devoir de discrétion.

Le paragraphe à insérer dans la lettre de mission

Recours à des outils d’intelligence artificielle

Le cabinet peut utiliser des outils d’intelligence artificielle pour préparer certains travaux de la mission, notamment la rédaction de courriers, la synthèse de textes et le contrôle de cohérence de données. Les travaux remis au client sont relus et validés sous la responsabilité de l’expert-comptable signataire de la présente lettre de mission.

[Insérer la version A : avant tout envoi à un tel outil, les noms, numéros de sécurité sociale, coordonnées, IBAN et autres identifiants du client, de ses salariés et de ses tiers sont remplacés sur les postes du cabinet par des repères neutres, dont la correspondance reste au cabinet.]

[Ou la version B, complétée ainsi : lorsque le cabinet traite des données pour le compte du client, notamment pour l’établissement de la paie, le client autorise le recours à ce prestataire en qualité de sous-traitant ultérieur ; le cabinet l’informe de tout changement de prestataire, afin qu’il puisse s’y opposer.]

Le client peut demander que tout ou partie de la mission soit exécutée sans recours à ces outils.

La page consacrée aux experts-comptables montre sur une question de paie ce que donne la version A. La version B suppose un contrat de sous-traitance que vous avez lu, pas seulement accepté en ligne.

Article 13 du RGPD : le prestataire d’IA parmi les destinataires annoncés

La clause du contrat informe le client sur une méthode de travail. La notice d’information, elle, répond à une obligation du RGPD. L’article 13 impose au cabinet, au moment où il collecte les données, d’indiquer notamment les destinataires ou les catégories de destinataires, et, le cas échéant, l’intention de transférer les données hors de l’Union avec les garanties utilisées.

Le modèle de convention du CNB contient déjà cette notice, à son article 10 : les données y sont « destinées aux personnes habilitées du cabinet, ainsi qu’à ses prestataires », avec la mention « à adapter ou compléter ». Si un prestataire d’IA reçoit des données du client, c’est ici qu’il doit apparaître, au moins par sa catégorie.

point de l’article 13ligne à ajouter à la notice
1, e) destinataires« prestataires d’outils d’intelligence artificielle, agissant comme sous-traitants »
1, f) transfertsle pays d’hébergement s’il est hors de l’Union, et les garanties utilisées
si version A« après remplacement des identifiants sur les postes du cabinet »

Source : RGPD, article 13, paragraphe 1, texte publié par la CNIL ; modèle de convention du CNB, article 10.

Ce que change la version A, et ce qu’elle ne change pas

La tentation est de penser qu’un texte dont les noms ont été remplacés ne contient plus de données personnelles, et que la notice n’a donc rien à en dire. La Cour de justice de l’Union européenne a apporté une précision utile le 4 septembre 2025, dans l’affaire C-413/23 P, qui opposait le CEPD, autorité de contrôle des institutions européennes, au Conseil de résolution unique.

Selon le communiqué de la Cour, des données pseudonymisées peuvent, selon les circonstances, ne plus permettre à un tiers d’identifier la personne. Mais l’obligation d’information s’apprécie au moment de la collecte et du point de vue de celui qui collecte, donc en amont de tout transfert. L’arrêt porte sur le règlement 2018/1725, qui s’applique aux institutions européennes et non aux cabinets : son raisonnement vaut indication pour le RGPD, pas règle.

Pour un cabinet, la conséquence pratique est simple : même en version A, gardez la ligne du tableau ci-dessus. Elle ne coûte rien et évite un débat. La distinction entre anonymiser et pseudonymiser est développée dans notre guide pour préparer un document avant une IA.

Les tiers cités au dossier, adversaires ou témoins, posent une question voisine. L’article 14 du RGPD prévoit une exception lorsque les données doivent rester confidentielles en vertu d’une obligation de secret professionnel. Elle dispense de les informer, pas de les protéger : leurs noms doivent être remplacés comme ceux du client.

L’avertissement du CNB sur vos consultations confiées à une IA

Le guide du CNB consacre un passage, page 35, à une situation que rien, dans le dossier, ne signale : le client qui colle lui-même une consultation dans un assistant pour « la comprendre », la résumer ou la contester. Le guide recommande de l’avertir, et les modèles de convention reprennent cet avertissement dans la clause elle-même.

Le guide nomme trois risques, et la parade n’est pas la même pour chacun.

risquece que dit le guide du CNBce qui le réduit
le secret compromisle secret qui couvre les travaux de l’avocat risque d’être compromis par un outil qui ne le garantit pasretirer les noms, les adresses et les numéros avant de coller
les tiers citéssi ces travaux ne sont pas anonymisés, les personnes qui y sont citées pourraient engager la responsabilité civile ou pénale du clientretirer les noms, les adresses et les numéros avant de coller
les erreurs d’interprétationl’outil peut introduire des erreurs ou des interprétations inexactes préjudiciables au dossierrevenir vers l’avocat et lui poser directement ses questions

Le troisième risque est celui qui se retourne contre le cabinet. Un client qui demande à un assistant si la consultation « tient la route » peut obtenir une réponse assurée, parfois fausse, qu’il oppose ensuite à son conseil. Mieux vaut l’avoir prévenu par écrit, et l’inviter à poser ses questions directement.

Ce que vous pouvez lui conseiller de faire

Interdire n’a guère de sens : le document lui appartient. Lui expliquer le geste utile en a davantage. Un client qui retire les noms, les adresses et les numéros avant de coller réduit le premier et le deuxième risque ; le troisième ne disparaît qu’en revenant vers vous. Ce que le RGPD permet ou non de confier à un assistant est détaillé dans ce guide consacré aux dossiers de clients.

Pour les experts-comptables, la même logique vaut pour les tableaux de bord, les prévisionnels et les notes fiscales que le client transmet à un assistant. La lettre de mission peut reprendre le dernier paragraphe de la clause des avocats, en l’adaptant : les travaux du cabinet relèvent du secret de l’expert-comptable et non de celui de l’avocat, et ils portent des données de salariés et de tiers.

Le secret d’ordre public, que la signature du client ne lève pas

Une clause signée donne l’impression d’une autorisation. Pour un avocat, c’est une illusion dangereuse. L’article 2.1 du règlement intérieur national (RIN) définit le secret comme d’ordre public, général, absolu et illimité dans le temps ; son article 2.2 l’étend expressément au nom des clients et à l’agenda de l’avocat. Le RIN n’en fait pas une faculté du client : un secret d’ordre public ne se négocie pas dans une convention.

d'ordre public
le secret de l'avocat, « général, absolu et illimité dans le temps ». RIN, article 2.1

La clause IA informe donc le client, elle ne vous délie de rien. L’article 2.3 du RIN ajoute que l’avocat répond des violations commises par son personnel et par toute personne qui coopère avec lui dans son activité. Un collaborateur qui colle un dossier complet dans un assistant engage le cabinet, clause ou pas.

La responsabilité ne se réduit pas non plus

Le guide du CNB l’écrit en page 34 : l’information donnée au client ne limite pas la responsabilité de l’avocat. Il renvoie à la décision de la Cour de justice du 15 janvier 2015 (C-537/13), qui a jugé abusive la clause limitative de responsabilité d’un avocat envers un client consommateur. Une clause rédigée pour se couvrir serait inutile, et elle dirait au client l’inverse de ce qu’on veut lui dire.

C’est pourquoi la seule phrase de la clause qui protège réellement est celle qui décrit ce qui ne part pas. Pour l’expert-comptable, la sanction pénale du secret est la même, et la même prudence s’impose. Le notariat connaît la même tension entre clause et secret.

La touche avant l’envoi, et la phrase qu’elle permet de tenir

La version A de la phrase sur les données n’a de valeur que si le geste est fait à chaque fois, par chaque collaborateur, y compris un vendredi soir. Remplacer des noms à la main dans une pièce de trente pages n’est pas tenable ; c’est précisément ce qui fait basculer les cabinets vers la version B, ou vers une clause qui ne dit rien.

Nonimo fait ce geste sur le poste, sous macOS comme sous Windows. On sélectionne le passage, on appuie sur une touche : les noms, adresses, dates de naissance, numéros et courriels qu’il reconnaît cèdent la place à des étiquettes, avant le départ du texte vers l’assistant. Quand il n’est pas certain, il remplace quand même mais le montre, et vous pouvez l’annuler aussitôt.

Un extrait de conclusions dans Nonimo : date de naissance, courriel et numéro de sécurité sociale remplacés par des étiquettes en français
Capture de la 0.2.8 (macOS) prise sur des conclusions fictives, juste après la touche.

Quand la réponse revient, on la copie et la même touche remet les vraies valeurs, sur le poste. La table de correspondance reste sur l’ordinateur du cabinet, chiffrée. Rien de ce que vous écrivez ne nous est transmis. Ce qui nous parvient chaque jour se limite à un compteur d’utilisation, sans contenu, dont notre page sur la sécurité donne l’inventaire.

Ce que la clause ne doit pas promettre pour autant

Trois limites se traduisent directement dans la rédaction. Les faits du dossier restent lisibles : la clause dit « les éléments de fait nécessaires peuvent subsister », et non « anonymisé ». L’application agit quand on appuie sur la touche, et un texte collé sans appuyer sur la touche est envoyé intact : la règle interne doit l’imposer. Elle ne tient aucun journal des remplacements : la clause ne promet donc pas une preuve après coup de ce qui est parti.

Le compte rendu pris en direct pendant un rendez-vous échappe aussi à ce geste, et le guide du CNB le relève lui-même, page 17. Pour ce cas, la clause peut simplement dire que le cabinet n’utilise pas d’outil de transcription en ligne pendant les entretiens, si c’est vrai.

Sources

Cette page est revue à chaque modification de l’un de ces textes. Certains liens Légifrance bloquent les outils automatiques, mais s’ouvrent sans difficulté dans un navigateur.

Nonimo est le logiciel qui fait cela sur votre propre ordinateur : il masque les noms de clients et les identifiants avant que votre texte n’arrive à ChatGPT . Sans compte, et les données de vos clients ne sortent pas de votre machine.

Questions fréquentes

L'avocat doit-il informer son client qu'il utilise l'IA ?

Pas systématiquement. Le guide du CNB d'avril 2026 laisse la décision à l'avocat, sauf trois cas : le client l'interroge sur ses méthodes, ses données servent à entraîner un outil interne, qui exige alors son consentement, ou un robot conversationnel lui répond. La clause IA que le CNB ajoute à ses modèles de convention reste facultative. Nonimo permet de tenir la phrase sur les données : il remplace les identifiants sur l'ordinateur, avant que le texte parte.

La clause IA du CNB s'impose-t-elle à tous les avocats ?

Non. Les modèles de convention d'honoraires adoptés par l'assemblée générale du CNB le 10 avril 2026 la présentent comme une clause optionnelle, au libre choix de l'avocat. Ce qui est obligatoire, c'est la convention écrite elle-même, depuis la loi du 6 août 2015. On peut la reprendre, l'adapter ou l'écarter ; si vous la gardez, réécrivez au moins la phrase sur les données pour qu'elle décrive ce que fait réellement votre cabinet.

Où placer la clause IA : convention d'honoraires ou lettre de mission ?

Pour un avocat, dans la convention d'honoraires, comme le fait le CNB à l'article 1.2 de ses modèles. La lettre de mission est un document distinct, parce qu'elle contient des éléments couverts par le secret : c'est là que l'on décrit ce que l'outil fera sur ce dossier précis. Pour l'expert-comptable, tout tient dans la lettre de mission, que l'article 151 du décret du 30 mars 2012 rend obligatoire.

L'expert-comptable doit-il mentionner l'IA dans sa lettre de mission ?

Aucun texte ne l'impose à ce jour. Le code de déontologie exige une lettre de mission qui fixe les droits et obligations des parties, et un devoir d'information et de conseil envers le client. Le livret IA 2025 du Conseil national de l'Ordre recommande d'informer ses clients en toute transparence. Si des données de paie partent vers un prestataire d'IA, la lettre de mission est aussi l'endroit où recueillir l'accord écrit du client.

Le prestataire d'IA doit-il figurer dans la notice d'information du cabinet ?

Oui, dès que des données personnelles du client lui parviennent. L'article 13 du RGPD impose d'indiquer les destinataires ou leurs catégories, et les transferts hors de l'Union. Pour les institutions européennes, la Cour de justice a jugé le 4 septembre 2025 que cette information s'apprécie du point de vue de celui qui collecte, avant tout transfert. Si le cabinet remplace les identifiants avant l'envoi, comme le fait Nonimo sur le poste, la notice le dit en une phrase.

Le client accepte par écrit : peut-on alors transmettre son dossier à une IA ?

La signature ne suffit pas à elle seule. Le secret de l'avocat est d'ordre public, général et absolu selon l'article 2.1 du RIN, et le guide du CNB pose en principe qu'aucune donnée tirée d'un dossier ne doit être confiée à une IA générative. La clause informe le client ; elle ne vous délie pas. Remplacer les identifiants avant l'envoi reste la voie que le guide recommande, et c'est ce geste que Nonimo accélère.

La clause IA réduit-elle la responsabilité du cabinet ?

Non, et le guide du CNB le dit en toutes lettres : l'information donnée au client ne limite pas la responsabilité de l'avocat. Il rappelle qu'en 2015 la Cour de justice a jugé abusive la clause limitative de responsabilité d'un avocat envers un client consommateur. La clause IA sert à informer et à fixer un cadre, pas à se couvrir. La relecture de ce que produit l'outil reste à votre charge.

Que dire au client qui confie vos consultations à ChatGPT ?

Le CNB recommande de l'avertir de trois risques : le secret qui couvre vos travaux peut être compromis, les personnes nommées dans un document non anonymisé pourraient agir contre lui, et l'outil peut introduire des erreurs dans votre analyse. Ses modèles de convention placent cet avertissement dans la clause IA elle-même. Si votre client veut le faire quand même, Nonimo lui permet de remplacer les noms avant de coller.

Avec Nonimo, quelle version de la phrase sur les données choisir ?

La première, celle du remplacement préalable, si l'usage de la touche est une règle du cabinet et pas un réflexe occasionnel. Nonimo remplace sur le poste les noms, adresses et numéros qu'il reconnaît, et remet les valeurs dans la réponse ; la table de correspondance reste chez vous. Les faits restent lisibles et l'application ne tient aucun journal : la clause ne doit donc promettre ni l'anonymat ni une preuve après coup.